Chapitre VIII


Pour répondre à cela une seule personne dans notre entourage proche était digne de ce poste, c’était évidemment Isabelle ma mère en l’occurrence qui avait déjà fait ses preuves avec Stratos/Warning... Il ne restait plus qu’à la convaincre car pour l’heure elle ne voulait plus
entendre parler de showbiz et de musiciens quels qu’ils soient. C’était ma mission de la persuader de reprendre ce rôle car seule elle en était capable et Renaud et ses collègues en étaient également convaincu. Je l’ai donc prise entre quatre yeux et lui ai expliqué quel rôle prépondérant elle pouvait avoir évidemment en se protégeant tout d’abord cette fois-ci avec un contrat rédigé en bonne et due forme avec les différents membres du groupe chose qu’ils étaient tout disposés à signer à cet instant précis.

Elle accepta enfin et il n’y avait plus qu’à s’attaquer aux différentes maisons de disques, ce qu’elle avait déjà fait auparavant. Autre parenthèse je n’ai pas encore mentionné que nous passions également dans l’émission Challengers de Julien Lepers toujours sur Rtl et que cela entretenait notre pub. A ce propos le principe de l’émission était de faire s’affronter deux artistes ou groupes entre eux et seul le vainqueur continuait et s’il remportait cinq fois la victoire il devenait Super Challenger pour clôturer le concours. Nous l’avons réalisé plusieurs fois... C’était juste pour l’anecdote mais elle valait d’être citée.
Pendant ce temps Isabelle entamait le démarchage et les Majors étaient au rdv ce qui nous fit un bien fou. Rapidement plusieurs étaient intéressées et un choix s’imposait alors. Warner fut la première à nous proposer un contrat mais très vite d’autres propositions se sont succédées et pour résumer selon mes souvenirs Rca label important à l’époque mais plutôt spécialisé dans d’autres styles, Cbs qui détenait déjà Trust et Phonogram qui était à ce moment les plus propices à mettre un budget important. Je me souviendrai toujours du rdv chez Cbs car c’est le seul auquel j’ai pu assister avec le Pdg Alain Lévy et lorsque Isabelle lui fit écouter la maquette il adhéra immédiatement au projet et il était à l’évidence la personne la plus compétente pour le style souhaité en France mais le seul problème qui se posa avec lui fût son unique condition... il exigeait que ce soit Bernie Bonvoisin qui produise notre album avec lequel il entretenait d’excellentes relations dépassant même l’amitié puisque je crois me rappeler qu’il était aussi le parrain d’un de ses enfants, ou de son enfant car je ne me souviens plus de ce détail. Alain a tout de suite compris que cette unique condition était totalement rédhibitoire à l’échange de regard que nous nous sommes lancés Isabelle et moi. Hormis le fait que Bernie était un personnage très spécial il était aussi notre principal concurrent même si Trust était déjà très installé dans le métier mais connaissant un peu le bonhomme nous savions qu’il ferait tout pour nous “enterrer” terme utilisé pour faire que le produit ne sorte jamais. Donc hors de question même si nous avons toujours pensé qu’Alain Lévy était la personne idéale en France...mais dans ces conditions particulières malheureusement pas pour nous.

Sachant que Phonogram était prête quant à elle à investir beaucoup sur nous et que contrairement à Cbs il n’y avait pas de groupe en concurrence avec nous l’offre fut la bienvenue malgré le fait qu’il a fallu engager de très longues discussions pour obtenir ce que nous désirions...mais Isabelle était redoutable dans cette épreuve.

Après cette rude et intense bagarre les deux parties ayant enfin trouvé un accord satisfaisant il ne restait plus qu’à établir le contrat avec Phonogram et pour se faire c’étaient à présent aux avocats de chaque bord de se charger de la rédaction des documents officiels. Un détail malgré tout qui a son importance Phonogram a exigé que nous signions également avec leur partenaire éditeur Chappell/Warner afin qu’ils puissent participer au budget lorsqu’il y en aurait besoin. En fait l’éditeur en question nous prenait surtout 50% de nos royalties sans investir beaucoup. Cependant il a quand même joué son rôle au moment de la tournée française qui arrivera beaucoup plus tard sachant qu’entre temps il s’était bien gavé avec nos droits. A noter que c’est Chappell par l’intermédiaire de son représentant Dominique Cotten qui nous a établi nos chèques d’acompte d’un montant assez conséquent pour l’époque et qui nous serviront d’avance en attendant de toucher nos droits. J’y reviendrai.

Photo de la signature qui est un “joke” dans le parking au sous-sol, la véritable s’étant bien évidemment déroulée dans les bureaux de la maison de disques :

 

A présent il ne restait plus qu’à préparer notre premier album dont nous avions déjà l’essentiel afin d’entrer en studio pour l’enregistrer. Le choix s’est porté sur l’Aquarium qui était le studio où travaillait Lavilliers et nous avons pu bénéficier des services de son ingénieur du son Jean Luc Lemerre. Période bénite car l’enregistrement d’un album est toujours un moment important et particulier d’autant plus lorsqu’il s’agit du 1er et tout cela sous la houlette d’Isabelle, productrice déléguée.

Ci-joint quelques photos privées prises en studio :

   


 
   


Et c’était parti. Comme la plupart du temps en studio nous étions isolés les uns des autres et notamment Renaud qui en tant que batteur voyait son instrument se placer dans une cabine à part et un certain nombre de micros placés devant ses différents fûts. Chacun de nous était muni d’un casque pour à la fois entendre les autres et communiquer avec l’ingénieur du son. Ensuite tester les réglages de son de chacun jusqu’à obtenir quelque chose de satisfaisant. Puis seulement début des prises avec l’enregistrement des parties rythmiques pour commencer où nous jouions nos parties guitare et basse mais uniquement pour guider Renaud à se repérer car seule la batterie était enregistrée. Ainsi de suite pour chaque titre jusqu’à ce que toutes les parties de batterie soient dans la boîte. Ensuite même chose pour les parties de basse et enfin pour les rythmiques guitare. Bien sûr tout ceci étalé sur quelques jours mais comme nous étions très au point cela a pris beaucoup moins de temps que prévu et toutes les bases étaient posées.
Evidemment à chaque prise écoute de ce qui avait été enregistré pour savoir si c’était bon donc validé ou s’il y avait des détails à refaire. Mais dans l’ensemble cela se passait plutôt bien jusque-là. Jean-Luc l’ingénieur du son avec son expérience pouvait nous conseiller quant aux sons qui s’adaptaient le mieux et de fil en aiguille tout se mettait en place. A présent au tour de Pierre de faire ses prises de chant avec très souvent des passages doublés ou encore différentes voix se complétant. Là nous avons passé un peu plus de temps avec lui mais en fin de compte il a bien réalisé ce qu’il avait à faire.
Quant à moi j’avais toutes les phrases et les chorus simples ou avec certains passages doublés en harmonie (tierce par exemple) à enregistrer. Mais pareil tout s’est déroulé plus rapidement que prévu. A noter que parfois nous invertissions nos parties avec Pierre car s’il était trop fatigué ou moi également c’était le plus valide qui intervenait laissant la place à l’autre et ainsi de suite... Une fois toutes les parties à enregistrer de chacun réalisées il fallait à présent mixer le tout ce qui prenait encore pas mal de temps car c’est là qu’on affine absolument tous les détails et il nous est arrivé comme je pense à la plupart des musiciens de faire un mix qui semblait correct en fin de journée c’est à dire en début de nuit et revenir le lendemain avec des oreilles plus fraiches et selon refaire en partie ce qui avait déjà été validé voire refaire un second mix voire davantage pour tenter de faire mieux. Tout un art le mixage mais lorsqu’on écoute ce qu’on appelle les mises à plat à savoir les prises brutes et ensuite le mix final cela sonne tellement différemment une fois tous les sons corrigés à coup d’équalisation et autres effets placés après l’enregistrement (réverbes, phasing etc.…) que le morceau prend une tout autre tournure et c’est quand même une étape assez passionnante quoiqu’on puisse en dire. Mais cela demande une patience infinie car on peut écouter le même titre jusqu’à plus soif afin de fignoler les différents passages. Mais le résultat final dépend en grande partie du mixage à condition bien évidemment que toutes les différentes parties aient été enregistrées avec le plus grand soin sans rien laisser au hasard.

Ensuite tout cela étant terminé on passe à la gravure puis au pressage du disque puisqu’à l’époque c’était encore l’ère des vinyles. Préparation en même temps de la pochette avec choix du montage des photos, des textes et enfin des remerciements. Le tout représente un travail de plusieurs mois pour en arriver au stade final et pouvoir enfin voir et prendre le disque dans ses mains. Toujours une grande émotion que d’en arriver à cet instant tant attendu et qui se concrétise enfin. Mais quelle joie également de contempler le produit fini et
l’écouter sur une platine disques. La naissance d’un nouveau bébé et puis tout le marketing mobilisé pour la sortie de la fameuse galette ainsi que sa promotion et distribution d’abord à la presse, aux différentes radios et également aux chaines de télé et pour terminer le jour de sa sortie en boutique qui est l’aboutissement d’un très très long processus... avec l’angoisse de savoir quel accueil lui sera réservé à la fois par les différents médias mais aussi par le public élément bien sûr essentiel et capital.


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