Chapitre III
A l’époque il y avait principalement deux magazines
dominants sur le marché c’était Best et Rock&Folk qui représentaient un peu la
bible de tout musicien et
qui en plus avaient l’avantage l’un comme l’autre de
traiter différents styles très intéressants et y découvrir de nombreux sujets et
artistes par la même occasion. Bien évidemment comme pour tout magazine qui se
respecte il y avait la fameuse rubrique “petites annonces” afin de pouvoir
rechercher différents musiciens qui pourraient convenir à son propre niveau et
aussi au style recherché.
Je pars ainsi armé de mes deux revues, guitare en
bandoulière dans cette quête qui s’avérait assez fructueuse puisque grâce à cela
j’ai commencé à rencontrer beaucoup de musiciens divers dont certains sont
devenus connus plus tard. D’auditions en auditions où j’étais pris la plupart du
temps en rapport avec un niveau déjà relativement évolué et par tout
l’acharnement que j’y avais mis
c’était donc à moi seul de prendre la décision mais je n’étais pas convaincu par
ce que je voyais, il y avait toujours quelque chose à redire. Donc je passais
mon chemin pour en tenter une autre ailleurs et ainsi de suite pendant quelques
mois.
Finalement
après avoir enfin trouvé plus ou moins mon bonheur qui à l’époque se situait à
la fac de Jussieu avec un jeune groupe plein de ressources et d’envergure emmené
par une chanteuse au superbe look il s’agissait bien entendu de Shakin’ Street
et de Fabienne Shine qui était en pleine ascension venant de faire sensation peu
de temps auparavant dans le fameux Festival de Mont de Marsan. J’ai bien sûr été
engagé sur le champ et ils m’ont même demandé si je connaissais un bon bassiste
que cela pourrait intéresser. Je n’ai pas eu à réfléchir trop longtemps puisque
le bassiste de mon petit groupe précédent était le seul disposé à tenter
l’aventure et en plus avait un niveau plus que correct. Je le contacte et
évidemment il me répond que c’est ok pour lui d’autant plus que Shakin’ Street
commençait tout juste à se faire un nom.
La semaine suivante accompagné de Olivier le bassiste
en question nous débarquons tous les deux dans les locaux de Jussieu pour
l’audition cette fois de mon camarade bassiste. Même s’ils étaient présents à
trois avec le batteur Jean Lou Kalinowski et bien évidemment la charmante et
sulfureuse Fabienne on ressentait que concernant les décisions musicales c’était
très nettement Eric Lévi le guitariste et compositeur qui les prenait. Par la
suite après Shakin’ Street il deviendra le créateur fondateur du fameux groupe
Era qui aura un énorme succès international d’ailleurs.
Pour en revenir à l’audition
du bassiste il fut recruté également et le groupe était dorénavant complet.
C’est seulement bien plus tard que je compris que nous étions sensés remplacer
Bertignac et Corinne partis rejoindre Jean Louis Aubert dans Téléphone avec la
carrière que tout le monde connaît. Cependant il se passa un événement
totalement imprévu puisque Fabienne avait déjà contacté Sandy Pearlman le
célèbre producteur de Blue Oyster Cult et que ce dernier avait finalement
accepté de produire ce nouveau groupe français favorisé par la présence de
Fabienne qui avait un charisme certain. Ce n’est pas pour rien si elle avait
entretenu quelques temps une relation avec un dénommé Jimmy Page. Cela peut
aider également d’avoir de telles connaissances dans un milieu où les appuis
sont quand même assez déterminants...
Mais il se trouvait que Sandy
Pearlman avait des idées bien précises en tête puisqu’il avait décidé d’engager
un certain Ross the Boss ex Dictators en tant que guitariste principal car ce
dernier bénéficiait évidemment du soutien des Majors américaines. Du coup tout
se réalisa très rapidement et en deux temps trois mouvements le groupe parti
s’installer aux USA et signa chez CBS international avec Sandy Pearlman aux
manettes et Ross ainsi qu’Eric aux guitares. Mon bassiste et moi étant
totalement ignorés de la part du groupe et bien entendu du show bizz américain à
tel point que Fabienne ne se souvient absolument pas de cette histoire puisqu’en
fait je ne l’ai vu que deux fois très rapidement à Jussieu. Nous nous sommes
croisés bien évidemment beaucoup plus tard chacun ayant réalisé ses objectifs de
son côté et étant même relativement proches mais je n’ai jamais évoqué ce
souvenir. C’était juste pour l’anecdote mais qui est elle bien réelle.
Après cette relative déception
je m’en remis cependant rapidement en réalisant que ce n’était vraiment pas mon
style de musique puisqu’il s’agissait de tendances punks qui étaient très
nouvelles et à la mode mais qui ne correspondait nullement à ce que je
recherchais.
Je
repris donc mon parcours après ce qui n’avait été en fait qu’une petite
parenthèse avec à nouveau ma guitare en bandoulière. Cependant cela m’avait
permis de rencontrer un milieu un peu plus pro et j’avais à présent d’autres
ambitions. La série d’auditions suivante commençait à me désespérer encore
davantage alors que suite à une énième audition supplémentaire un petit
“évènement” se produisit à sa sortie avec la rencontre improbable d’un
guitariste rythmique complémentaire à moi et qui en était arrivé au même
raisonnement à savoir qu’il en avait également marre de passer tout son temps à
parcourir l’Ile de France pour un résultat final très décevant. Il s’agissait
bien évidemment de Didier Bernoussi avec lequel nous sommes allés au café du
coin, nous avons sympathisé immédiatement et pris la décision commune de créer
un nouveau groupe ensemble avec toutes les conséquences qui en découleront pour
la suite sur chacun de nous...
Suite à cette nouvelle collaboration, naissance de ce
qui allait devenir “Stratos” nom que nous avions trouvé tout simplement puisque
nous jouions chacun sur des Strats diminutif de Fender Stratocaster pour les non
connaisseurs. Nous avions ainsi le socle mais pour fonder un groupe il faut bien
évidemment s’entourer d’autres musiciens. Donc nous nous sommes mis en quête et
pour cela nous avons bien évidemment passé des annonces dans les deux revues
spécialisées de l’époque c’est à dire toujours les mêmes Best et Rock&Folk. Et
là la nouvelle aventure pouvait démarrer.